Casanova de Fellini : Séducteur triste…

Casanova. Un film de Frederico Fellini. Italie, USA. 1977. 2h03.

Résumé : Fellini nous offre un portrait à contre-courant de ce séducteur mythique. Un regard froid sur la solitude d’un homme poursuivi par sa renommée.  

© Fast Films / Carlotta Films

Sorti en 1976 avec son casting international et ses décors somptueux, le Casanova de Fellini, porté par la présence hypnotique de Donald Sutherland est, à n’en pas douter, une œuvre majeure du réalisateur italien aussi bien dans sa forme, très baroque, que dans sa trajectoire en guise de requiem.

Au-delà d’une production qui fut pour le moins chaotique, le cinéaste a réussi à substituer sur pellicule le faste d’un émerveillement libertaire attendu, en une macabre mascarade de désirs avortés, contrariés, déceptifs et vains, où rien, jamais, n’est affronté avec grandeur.

Frederico Fellini, regard acerbe, fait de son Casanova un fantôme d’opérette souvent proche du pathétique ou de la bouffonnerie, ce qui a pour conséquence de démythifié notre aventurier vénitien du 18ème siècle, loin, d’ailleurs, du séducteur charismatique auquel on pense traditionnellement. Las, celui-ci erre sa nostalgie comme simple spectateur d’un monde déchu qui lui échappe à mesure qu’il l’arpente. Fellini se refuse ainsi à poétiser son film et n’hésite pas, en somme, à nous livrer une critique assez crue envers une société devenue vulgaire, hypocrite, prétentieuse, factuellement déclinante.

La pantalonnade n’est plus très loin…

Mais la rêverie non plus. Automate dans sa mécanique comportementale, la posture de Casanova est tantôt lâche, tantôt hautaine. Le long-métrage le plus carnavalesque du maître italien, se construit par tableaux assemblés remplient de freaks improbables en forme de rencontres féminines – vieille femme, géante, bossue, automate – qu’il met en scène avec luxe de paillettes, de masques, de troubles et de baroque éhonté.

© Fast Films / Carlotta Films

Parcellaire pour ne pas dire sélectif, Casanova ne possède pas une once d’indulgence mais, par le chemin parcouru à travers une Europe plongée dans les ténèbres, libère sa nostalgie magnifique, car crépusculaire, faisant du personnage cette ombre fardée avant l’heure, nécrosé par la peur de la solitude. N’est-ce pas, d’ailleurs, un paradoxe merveilleux que celui d’un homme ébranlé dans sa représentation au point d’en faire une figure faillible car terriblement humaine?

La boucle mentale mise en place jusqu’au retour de la mère nourricière emprisonne Casanova dans un piège spatio-temporel qu’il essaie, en vain, de briser par une gloire passée qui le précède, mais qui s’est étiolée depuis longtemps. Si j’ai déjà évoqué le macabre d’une ronde sans échappatoire ni salut, comment ne pas y voir un jeu de piste triste où les scènes s’enchaînent au rythme d’une mécanique de l’amour à la jouissance grotesque.

Geoffroy Blondeau

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