Tron l’Héritage : Une révolution en demi-teinte

Tron l’héritage. Un film de Joseph Kosinski. USA. 2011. 2h06.

Résumé : Sam Flynn, 27 ans, est le fils expert en technologie de Kevin Flynn. Cherchant à percer le mystère de la disparition de son père, il se retrouve aspiré dans ce même monde de programmes redoutables et de jeux mortels où vit son père depuis 25 ans.

Le pari était un peu fou. Stimulant, certes, mais aussi casse-gueule. Car reprendre 28 ans plus tard – un record – la trame d’un film devenu culte (Tron, 1982) afin d’y opérer une actualisation essentiellement visuelle ne manquait pas d’ambition. Ni d’une certaine hardiesse. Surtout depuis l’avènement d’une 3D polémique car décevante artistiquement. Réalisé par Joseph Kosinski, jeune prodige de l’informatique, Tron l’Héritage devait, paraît-il, franchir une nouvelle étape dans l’ère du cinéma virtuel en lui donnant, un an après l’Avatar de Cameron, une consistance unique. Un tel discours ne pouvait qu’intriguer. Intrigués nous étions donc en découvrant ce Tron New Age rythmé par la bande-son électrisante et vraiment réussie des Daft Punk.

© Walt Disney Pictures

Cette suite, d’une linéarité sans troubles, revendique sa filiation. De bout en bout. Images d’archives à l’appui. Chaque séquence, de l’entame ultra-codifiée au dénouement attendu, respire la mémoire de son illustre aîné et spécifie un long-métrage carré, sérieux, appliqué, ambitieux, à même de proposer une anticipation pour adulte malgré un manque flagrant de mise en perspective. Comme tétanisé par l’enjeu, le réalisateur peaufine ses effets mais exécute, au final, une simple mise à jour sans âme au matériau d’origine. Et tant pis pour les geeks en demande d’exclusive ! Malgré quelques prouesses de mise en scène, Tron l’Héritage ronronne un scénario basique qui, pour le coup, ne correspond guère à l’esprit d’un film a priori novateur. Pour autant, il ne faudrait pas s’arrêter à une telle constatation ; elle pourrait, au contraire, souligner un parti-pris : celui de tout miser, ou presque, sur la représentation de la « grille », univers virtuel où se perd Sam Flynn après qu’il soit parti à la recherche de son père (incarné par un Jeff Bridges zen comme un maître shaolin), créateur déchu par son double informatique, Clu 2.0, au comportement rebelle et va-t-en-guerre. L’esquisse attendue prend forme devant nos yeux en révélant le monde de Tron dans un jaillissement de lumière translucide. C’est bien foutu, plutôt léché, parfois contemplatif, très stylisé. Mais est-ce suffisant pour faire passer la pilule d’une histoire faiblarde n’arrivant pas à développer des thématiques pourtant intéressantes ? Il semble que non.

© Walt Disney Pictures

Mais peu importe. En effet, le pitch est un prétexte pour nous façonner un no man’s land informatique doté d’une empreinte spécifique tout à fait légitime, faisant de Tron l’Héritage une antithèse graphique au film de Cameron, Avatar. À un an d’intervalle, nous revivons, en moins bien, l’expérience d’une immersion 3D par-delà notre monde. Les tons chauds, foisonnants et organiques de Pandora font place, ici, à un espace aride, froid, luminescent, aussi dangereux que codifié. La réussite du film se joue là. Sa crédibilité également. Si visuellement le pari semble gagné (mais tout juste !), Kosinski ne prend aucun risque narratif allant jusqu’à reproduire des scènes entières du premier opus : combats avec lancer de disques désintégrateurs, course-poursuite dans des motos fluorescentes, séquence finale… Ce manque d’originalité affaiblit un métrage techniquement valide mais plombé par des enjeux basiques eux-mêmes portés par des personnages à l’empathie fade. Malgré le potentiel d’une virtualité tangible, il manque à Tron l’Héritage une vision, celle d’un auteur qui aurait su inscrire son histoire au-delà d’un rapport filial père-fils convenu bien vite noyé dans un exercice de style cohérent mais trop hermétique pour soulever l’adhésion. En somme Kosinski n’arrive pas à nous toucher. Pas plus qu’il n’arrive à nous émerveiller.

Toutefois on ne peut nier la raison d’être du film, processus logique dans son rapport au temps informatique. Ce temps aura influencé, qu’on le veuille ou non, l’élaboration puis la conception de bon nombre d’œuvres cinématographiques depuis la fin des années 70. Tron, premier du nom, en fut d’ailleurs l’un des fers de lance. La filiation devient triple puisque Tron l’Héritage est consubstantiel au progrès des effets spéciaux, à l’ère numérique, à la révolution 3D. Il en est l’expression dans sa modernité conceptuelle. Si cette modernité n’en fait pas forcément un bon film – et encore moins une œuvre pivot –, elle l’inscrit néanmoins dans une contemporanéité annonciatrice des films numériques à venir. Encore faudrait-il  ne pas sacrifier ce qui fonde le cinéma en général sur l’autel d’une technologie pour lors mal exploitée. L’espoir est de mise, la crainte aussi. Tron l’Héritage en est le parfait exemple.

Geoffroy Blondeau

 

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