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Hors Satan: le mal rode

Hors Satan. Un film de Bruno Dumont. France. 2011. Durée 1h49.

Résumé : En bord de Manche, sur la Côte d’Opale, près d’un hameau, de ses dunes et ses marais, demeure un gars étrange qui vivote, braconne, prie et fait des feux. Un vagabond venu de nulle part qui, dans un même souffle, chasse le mal d’un village hanté par le démon et met le monde hors Satan.

La représentation est la source de vie du cinéma. Son ancrage dans une réalité donnée lui profère une puissance particulière que Bruno Dumont sait capter. Hors Satan ne déroge pas à la règle. Bien au contraire. Il triture, malaxe, expose puis déploie l’immatériel en actes concrets, saisissants tableaux d’émotion qui nous submergent.

Hors Satan parle de foi. Pas de religiosité.

© 3B Productions

Le film aborde l’humain dans un rapport au bien et au mal universel dans sa valeur performative. Par ce biais il ne juge pas, ne prône aucune morale, n’essaie pas non plus de distiller autre chose que ce qu’il veut nous dire. La vérité énoncée, souvent âpre, devient factuelle, presque simpliste, toujours abrupte. En filmant son histoire dans un coin perdu du nord de la France, Bruno Dumont plante un décor, crée le réceptacle de ses interventions pour nous conter des évènements forts aussi réalistes que messianiques. Et c’est ce rapport à la réalité des circonstances qui fait mouche, nous touche ou nous choque, c’est selon… Mais il y a autre chose.

Pour la première fois, le réalisateur mélange naturalisme et surnaturel. Par l’intermédiaire d’un SDF itinérant doué de talents rares, et décidé à protéger une femme dont les sentiments l’ont abandonné. Cet homme au regard profond devient la main tendue contre le mal, cet illusionniste divin capable d’exorciser, d’éteindre un feu de forêt, d’absorber le mal ou de réaliser des miracles. Et de miracle il en est question. Car si le mal existe, la bonté aussi. La générosité également. Il s’agit d’accepter un tel monde et d’agir en fonction. Toujours en fonction. Et non pas selon une morale préétablie.

En ce sens, Hors Satan est viscéralement non croyant, malgré les accomplissements du « gars ». Le film déborde également du cadre classique par sa mise en forme. La beauté de certains plans montre l’évolution du travail de mise en scène du réalisateur français. Quasi muet, minimaliste, limite ascétique, Hors Satan soigne ses plans – pour la plupart larges ou resserrés – en magnifiant une géographie singulière qui participe pleinement au ton à la fois abrupt et contemplatif du long-métrage. L’absence de musique, remplacée par une prise de son directe saisissante, offre aux faits et gestes de chaque protagoniste une force de conviction inoubliable.

Le sixième long-métrage du cinéaste est une œuvre puissante sur la nature humaine. Aussi bien dans sa sociologie coutumière que dans ses aspirations d’étrangeté.

Geoffroy Blondeau

 

Durée 1h47.