Camille Claudel 1915 : Bruno Dumont, cinéaste de l’épure, s’attaque à un cas de folie…

Camille Claudel 1915. Un film de Brunot Dumont. 2013. France. Durée 1h35.

Résumé : Hiver 1915. Camille Claudel est internée par sa famille dans un asile du sud de la France dans l’attente d’une visite de son frère, Paul Claudel. 

© ARP Sélection

Lui qui habituellement incarne à travers ses fictions une aridité émotionnelle touchant à la grâce et au mysticisme – au choix L’humanité, Flandres ou Hors Satan, films pétris des paysages du Nord -, Camille Claudel 1915 change du tout au tout.

Action déplacée dans le Sud, biographie de Claudel oblige, actrice ultra-professionnelle à la place des comédiens non professionnels que Dumont à l’habitude de diriger, et des handicapés mentaux, des vrais, pour appuyer le malheur de la pauvre sculptrice. Dire que Camille Claudel 1915 est un accident de parcours relève de l’euphémisme.

Un tel sujet traité par Dumont, exigeant à l’extrême dans ses partis-pris formalistes et sa vision de l’humain, aurait pu frôler le génie, donc la folie. Las, il filme Binoche sous toutes les cicatrices de la douleur, promenant sa caméra d’un sourire édenté à un regard perdu, le tout agrémenté d’un discours plombant sur la religion nous faisant regretter Bernanos. Il aurait pu aussi interroger l’aliénation des institutions, sonder le vertige créateur, mais il préfère virevolter autour de son actrice, magnifique au demeurant, sans jamais trouver une pierre d’accroche à ses thèmes de prédilection.

Camille Claudel 1915, à l’austérité feinte, est plébiscité aujourd’hui. À l’époque de L’humanité Dumont fut conspué pour sa sombre vision de l’humain. Mais celle-ci était sensible, fragile. Folie que sont l’existence et le besoin de l’être à s’y confronter. Et tellement plus pertinent que de filmer Binoche au milieu de vrais handicapés.

Denis Baron

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